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J'espère que ça vous plaira, dites moi ce que vous en pensez

Chantier littéraire

A suivre régulièrement
October 01

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46. OBSERVATION

 

            Le village des dissidents ressemble à un campement de fortune après le passage d’un ouragan ayant tout embarqué sur son passage. Les cabanes sont construites à partir de bric et de broc, seule la hutte de Diego Armando possède une forme respectable. Celui qui se fait appeler le Généralissime, sans doute en souvenir de tous les révolutionnaires sud-américains, règne sur une troupe d’affamés qui lui est entièrement dévouée. En reprenant le vocabulaire socialo-marxiste très en vogue dans la région du monde qui l’a vu naître, en s’appropriant sans vergogne la plus grande partie des maigres richesses que cette tribu a récolté depuis son départ de la Communauté et en s’appuyant sur quelques hommes de main, Diego Armando tient un pouvoir rigide sur ce village. Mais si Armando est un roi, il règne sur un peuple faible et sans réel espoir. Ces ex-nantis errent en guenilles, se nourrissant de racines, de fruits trop mûrs ou de carcasses d’animaux pas fraîches. Les rares prises de chasse étaient réservées au Généralissime et à ses sbires.

                Perché dans son arbre Mauro fulmine d’impatience et se voit déjà en train d’égorger quelques un de ces étrangers. Néanmoins les événements des dernières semaines lui intiment de rester caché dans les branchages. Quelques instants suffisent cependant pour se faire une bien piètre opinion à propos de cette tribu. Un coup d’œil suffit à Mauro pour se faire comprendre du Sorcier. D’un geste assuré du bras il indique aux autres Chamacs postés dans les arbres de garder leur position. En prenant soin de faire le moins de bruit possibles, Mauro et le Sorcier se mettent à l’écart et commence à discuter

                - Sorcier nous ne ferons qu’une bouchée de cette tribu. Ils sont faibles, sans défense, à part quatre ou cinq hommes un peu plus costaud, nous pouvons tous les briser d’un seul coup de poing. Attendons la nuit pour attaquer. On s’occupe d’abord de tuer les plus forts, et les plus faibles auront tellement peur de nous que la bataille sera gagnée en très peu de temps.

- Je ne crois pas que cela soit la meilleure idée Mauro, souffle le Sorcier. Nous pouvons tirer un grand parti de ces hommes. Certes nous allons devoir subir quelques désagréments mais dans un avenir plus ou moins proche en récolter les fruits.

- Explique toi !

- Tout de suite Mauro, dit le Sorcier en se prosternant devant son chef. Tu as du remarqué que ces étrangers ressemblent aux amis de Cafu. Ils ont l’air moins puissants certes mais ils ont la même origine.

- C’est vrai et alors ?

- Et bien peut être que ceux là aussi ont un grand savoir et des pouvoirs comparables aux autres. Visiblement nous avons des choses qu’ils n’ont pas et inversement. Nous savons comment survivre et nous développer dans ce milieu. Eux pas du tout si on regarde leur allure. En voyant ce village sans défense on peut supposer aussi qu’ils ne connaissent pas grand chose à l’art de la guerre.

- En effet ! On ne voit aucun soldat dans ce village à part autour de la hutte de celui qui semble être leur chef. De plus les hommes que l’on voit n’ont l’air nullement capable de se battre avec bravoure. Mais je ne vois toujours pas pourquoi nous devrions les épargner.

- C’est parce que tu es un grand chef Mauro, avec un caractère de chef. Moi je suis Sorcier et je vois les choses autrement. L’idée est qu’il faut se soumettre à eux pour s’intégrer en leur sein. Montrons leur en quoi nous pouvons leur être utile. Ramenons de la nourriture, montons une armée, glanons des richesses pour eux et nous pourrons être considérés comme leurs égaux.

- Moi me soumettre tel un vulgaire esclave ? C’est une plaisanterie j’espère !, s’emporte Mauro.

- Mais qui parle d’esclavage Mauro ? Il nous suffirait de cinq minutes pour massacrer ce peuple. Même à dix contre cent ! Le tout est de le faire croire. Et puis tu as vu comme moi ce qui s’est passé avec Cafu et les hommes venus avec lui. Seuls des êtres semblables à ceux là peuvent vaincre ceux qui t’ont chassé.

- C’est vrai ils possèdent sans doute quelques pouvoirs secrets qui leur donnent une force inhumaine. Sinon comment Cafu aurait-il pu tuer Dorado juste en levant la main ? il faudrait donc arriver à monter ce peuple misérable contre les amis de Cafu, et ensuite tuer leur chef pour prendre sa place. En mêlant la force des Chamacs et le savoir de ces étrangers il serait facile pour nous d’écumer toutes les tribus qui vivent à une semaine de marche aux alentours. Je deviendrais alors le chef le plus puissant que les Chamacs n’ont jamais connu.

- Tu as tout compris Mauro, il ne nous reste plus qu’a préparer notre entrée en scène au milieu de ces hommes. Je sais même comment nous allons nous y prendre. D’ici quelques jours tout sera prêt.

July 10

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45. NOUVEAU DEPART

Un Chamac court à perdre haleine dans les sous-bois. Il file droit devant, bondit par-dessus les branches, ne remarque même pas les animaux qui s'écartent devant son passage. Son souffle court rythme avec précision chacun de ses pas, ses bras pliés se balancent le long du corps pour assurer un équilibre parfait, ses talons effleurent à peine le sol tandis que toute son énergie se concentre sur ses orteils pour le pousser plus loin, plus vite. Sa course a débuté il y a une heure et ne s'arrêtera qu'au moment précis où il se trouvera devant le Sorcier. Parti en reconnaissance depuis plusieurs jours, il a su tout de suite que sa mission était terminée. Maintenant il doit rentrer faire part de ce qu'il a vu. En arrivant dans le campement de fortune, il se précipite devant le Sorcier. Très essoufflé, il tente de reprendre haleine pour débiter un rapport clair. A peine commence-t-il qu'il reçoit une branche dans le dos.

- Retourne toi Soldat ! dit Mauro. Je suis là, à présent c'est à moi que tu dois rendre des comptes et plus à ce sorcier de malheur.

Le soldat se jette immédiatement aux pieds de son chef et remercie les Dieux pour avoir protéger Mauro.

- Des étrangers. Au nord.

- Des étrangers tu dis ? Quelle tribu? répond Mauro.

- Aucune tribu connue Mauro, ou alors…

- Ou alors quoi ?

- On dirait ceux qui sont venus avec ce chien de Cafu. Mais je n'en ai reconnu aucun et puis ils ont l'air plus faibles.

- Plus faibles dis-tu ? Nous pourrions peut être leur donner une leçon.

- Mauro si je peux donner mon avis.., dit le Sorcier.

- Tu n'as peur de rien toi décidemment espèce d'incapable, grogne Mauro. J'espère que cette fois ton idée sera bonne. Je te signale que depuis un certain temps ma situation ne fait que se dégrader. Un jour je vais perdre patience pour de bon et te tuer de mes mains.

- Mais comme tu es un souverain juste, généreux et miséricordieux tu as épargné ma misérable existence et je t'en suis éternellement reconnaissant. C'est bien pour cela que je suis à ton service.

- Bon vas y, quelle est cette idée ?

- Et bien, commence le Sorcier, je pense que nous pouvons utiliser ces étrangers pour nous venger de Cafu et reconquérir notre peuple…

- MON peuple Sorcier! Mon peuple…

- Oui Chef, ton peuple…Je disais donc que si nous parvenions à nous allier avec cette tribu qui ressemble aux amis de Cafu nous pourrions sans doute les combattre ensuite et les vaincre. Le Soldat dit que cette tribu est faible. Elle ne présente sans doute pas de danger vital pour nous. Il suffira de les aider un peu pour en faire des alliés. Ces étrangers ont un savoir supérieur au nôtre ça nous le savons, mais nous pourrions apprendre leurs secrets et devenir beaucoup plus puissants et ainsi revenir en vainqueur dans le village chamac.

- Nous associer à une autre tribu ? Mais enfin Sorcier, répond Mauro, nous n'avons jamais fait ça. D'habitude nous repérons une tribu, nous la massacrons, la pillons, faisons des prisonniers, et engrossons les femmes. C'est comme ça que se déroule la guerre depuis la nuit des temps chez les Chamacs. Pourquoi voudrais tu changer une stratégie qui a toujours fait ses preuves ?

- Mauro tu es un grand chef de guerre c'est indéniable mais n'oublie pas les Broline et ces étrangers qui ont débarqué avec Cafu. Deux défaites cuisantes. Regarde où nous en sommes aujourd'hui. Nous sommes terrés au fond d'un bois sordide à manger du lapin cru et des fruits pourris. Il faut changer de tactique face à des adversaires devenus trop forts pour nous.

Mauro se gratte la tête, lève les yeux au ciel, tourne sur lui-même. Puis d'un geste il indique à tout le monde qu'ils lèvent le camp pour aller voir cette tribu inconnue. En chemin il discute avec le sorcier de la meilleure façon pour s'intégrer amicalement parmi ces étrangers. Au fur et à mesure que la troupe approche de son but, le silence se fait de plus en plus pesant. La tension liée à la proximité de la rencontre est bien présente et les Chamacs retrouvent les réflexes guerriers habituels. Les sens sont en éveil, chaque geste est précis, méticuleux.

Devant eux se trouve la clairière dans laquelle se sont installés les étrangers. C'est vrai qu'ils sont faibles, on ne s'installe jamais à découvert à moins d'être sûr de sa force, pense Mauro. Ils nous seraient très facile de les écraser. En quelques instants tous ces hommes seraient éventrés, gisant sur le sol.


Les Chamacs s'organisent pour se positionner tout autour du campement et ainsi observer cette tribu inconnue.

April 02

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44. QUELQUES JOURS PLUS TARD

 

Mauro erre dans la forêt à la recherche d'une proie qui fera office de déjeuner. Son regard croise celui d'un gros lièvre gris. L'espace d'un instant les deux êtres vont se figer et se jauger. C'est le Chamac qui lance les hostilités. A grandes enjambées il tente de fondre sur l'animal. Le lièvre ne s'en laisse pas compter et tente de s'échapper en zigzagant entre les racines et les broussailles. Mauro se rapproche inexorablement, il ne sent pas ses pieds agressés par les petites pierres qui affleurent du sol. Une seule idée en tête : attraper la proie rapide et poilue qui s'agite devant lui. Le lièvre vire à gauche autour d'un chêne, bondit entre deux fougères, sa patte avant droite dérape et il manque de finir écrasé contre un bouleau. Mauro sent que la victoire est proche, il n'a plus que deux mètres à combler. Dans un réflexe, le mammifère gris plonge dans un trou à l'intérieur d'un gros tronc. Mauro s'arrête à l'endroit où a disparu le gibier. Il s'agenouille pour tenter d'apercevoir le lièvre dans le trou mais il ne voir tien. La tête contre le sol il tend son bras à l'intérieur pour essayer d'attraper l'animal. La seconde d'après le Chamac regrette déjà son idée. Deux griffes et trois quenottes se sont plantées dans son avant-bras. Mauro hurle de douleur et s'assied devant le tronc. Tu sortiras bien un jour, j'attendrais.

Mauro est à genoux face au tronc, prêt à bondir. Son regard fixe fusille l'entrée du trou qui sert d'abri au lièvre gris. Rien ne peut détourner l'attention de l'ancien chef Chamac. Même pas les voix et les bruits de feuillages qu'il entend au loin. Il a d'abord un compte à régler avec cette bête. Pourtant sa concentration se disperse quelque peu au fur et à mesure que les voix se rapprochent de lui. Un lièvre ne peut pas être dangereux, des humains oui. Un regard furtif vers la gauche le rassure : un petit bosquet le protège d'éventuels regards. Devant lui rien ne bouge. A sa gauche du mouvement. La voix est reconnaissable. Mauro connaît ces incantations par cœur. Il a entendu des milliers de fois ces chants. Tout cela ne demande qu'une confirmation mais Mauro n'ose pas dévier son regard d'un pouce. Pourtant l'envie le démange, ses yeux s'écartent imperceptiblement de leur objectif initial. Le lièvre compte de moins en moins, il n'existe presque même plus. Mauro a fait basculer toute son énergie de sa vue vers son ouie. Il ne voit plus le tronc d'arbre. Il entend. Il ne fait qu'entendre ce son familier qui lui arrive de la gauche. Au fur et à mesure que ça se rapproche, le cerveau de Mauro lui intime l'ordre de se lever au plus vite. Le Chamac ne résiste pas longtemps et bondit hors de sa cachette.

 

Un hurlement vient interrompre les incantations. D'un geste de la main Mauro fait cesser ce cri de stupeur.

- C'est moi Sorcier !

- Tu…tu… tu n'es pas mort Mauro ? demande en tremblant le Sorcier.

- Tu vois bien que non. Je me suis échappé de leurs griffes. Ils voulaient me tuer. Tu es seul dans cette forêt ?

- Non. Il y a quelques hommes avec moi plus loin. Nous avons établi un petit campement dans les sous-bois. Les autres seront ravis de te voir. Quand ils ont vu l'usurpateur et ces étrangers te renverser, ils ont préféré partir.

- Courageux comme des poules, peste Mauro. Emmène moi vers eux.

  Mauro suit le Sorcier mais s'arrête aussitôt. Il a entendu un bruit derrière lui. En se retournant il a juste le temps d'apercevoir une touffe de poil gris qui s'éloigne. Il ramasse une pierre et l'envoie en direction de la proie qu'il a laissé filer. Un grognement bestial s'échappe du fin fond du Chamac qui à cet instant maudit le sort qui s'acharne contre lui depuis quelques temps. Au bout d'une heure de marche, les deux hommes en rejoignent une vingtaine d'autres qui ont monté un petit camp de fortune en attendant des jours meilleurs. Une joie mêlée de peur envahit les fuyards lorsqu'ils voient leur chef arriver avec le Sorcier. Ils se sentent moins perdus, mieux protégés des dangers extérieurs avec ce repère solide. Pour fêter ces retrouvailles Mauro tabasse le plus frêle d'entre eux pour lui voler sa nourriture et imposer son pouvoir au sein de cette faible troupe.

January 17

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43. REVOLUTION

 

Mauro tente de frapper Brito au visage mais celui-ci esquive parfaitement le coup. Le chef décide alors de briser le barrage humain dressé par les Communautaires devant Cafu mais la réaction des Chamacs est immédiate. Un essaim se forme autour de Mauro. En quelques secondes il est submergé par une marée humaine. Coups de pieds, coups de poing, coups de lances, Mauro subit la violence qu’il utilisait jusque là pour dominer son peuple. Les Communautaires ne s’interposent pas dans ce lynchage. Cafu a du mal à reprendre ses esprits depuis que Dorado s’est effondré à quelques centimètres de lui, mais il trouve néanmoins la force d’hurler tout ce qu’il peut. Il a compris que désormais le chef des Chamacs c’est lui. Sa tribu s’est agenouillée devant lui et elle a osé défier physiquement le puissant Mauro. Le pouvoir lui appartient désormais. Par ce cri sauvage il stoppe tous les siens et évite à Mauro une mort certaine. Il aimerait tuer de ses mains celui qui a massacré sa mère mais il a une autre idée en tête. Cafu ordonne d’enfermer Mauro dans la cage qui a servi de dernière demeure à l’infortuné Marini.

La tension retombe au sein du village chamac. Le dialogue s’installe avec les Communautaires. Les rudiments linguistiques enseignés par Cafu à ses compagnons sont très utiles. Chacun s’observe avec beaucoup d’attention, on se touche, on palpe les vêtements, on se renifle. Les Chamacs invitent les étrangers à visiter leur village avec beaucoup de fierté. Pendant ce temps, le Sorcier s’éclipse discrètement, avec quelques comparses, trop heureux qu’en ce jour révolutionnaire les Chamacs aient oublié les liens très étroits qui existaient entre Mauro et lui. Le vent a tourné pour le Sorcier c’est l’heure de prendre la fuite.

 

Le soir on attise un grand feu et tout le monde se retrouve à la belle étoile pour partager le fruit de la chasse du jour. A tour de rôle un Chamac et un Communautaire prend la parole pour conter une histoire, Cafu traduit pour que tout le monde comprenne et tout le monde s’applaudit. A force de mîmes, de sons et surtout grâce au breuvage artisanal servi par les hôtes le courant passe très bien entre les deux groupes. Au beau milieu de la nuit quand les corps épuisés ne suivent plus les esprits exaltés Cafu et Deschamps trouvent encore la force de faire le tour du village en marchant sous la Lune.

- Cafu tu as été très sage tout à l’heure, dit le Commandant. Tu aurais pu laisser Mauro se faire tuer de sang froid.

 - Ce n’est rien. Vous m’avez appris ce qu’était la justice. Mauro a tué ma mère et je vais lui infliger la pire des sentences.

- Je ne comprends pas Cafu. Tu vas le tuer ?

- Non pire que ça Commandant. Je vais le pardonner. Mauro est un guerrier sanguinaire. Pour lui ne pas mourir exécuter sera terrible. Son orgueil et son amour propre seront blessés. Moi, Cafu, qui ne suis rien parmi les puissants, qui suis faible physiquement, j’aurais eu pitié de lui comme on aurait pitié de quelqu’un de trop faible. Comment dit Brito déjà ? Ah oui. On ne boxe pas dans la même catégorie. Par ce geste le faible ce sera lui et je serai le puissant. Et puis à quoi bon le tuer ? Cela ne me rendra pas ma mère. Je pense qu’elle aurait été fière de moi si elle m’avait vu prendre cette décision.

- Et bien mon ami je ne sais pas si j’aurai été capable d’en faire autant. Je crois que tu feras un très bon chef pour les Chamacs.

 

Le lendemain, au centre du village on organise une sorte de procès pour Mauro. Cafu fait ce qu’il avait prévu. Au terme d’un jugement long et houleux, l’ancien chef des Chamacs sous la protection des Communautaires est contraint à l’exil. Exactement comme Cafu l’avait prévu, Mauro n’est pas reconnaissant envers lui. Quand il quitte le village il se retourne une dernière fois en maudissant Cafu. Le nouveau chef des Chamacs sait qu’il faudra se méfier de Mauro car il sait de quoi il est capable. Après le départ de Mauro les Chamacs organisent à nouveau une fête endiablée. Les festivités durent trois jours pendant lesquels les échanges entre Communautaires et Chamacs furent intenses et fructueux.

December 13

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42. BANG !

 

Une détonation. Dorado recule et s’écroule. Cafu sursaute et ouvre les yeux. Il n’est pas mort. Lui non mais Dorado oui. Un trou dans le front du guerrier laisse échapper son sang. Paralysé par la peur Cafu reste dans la même position. Debout. Le bras droit plié. La main relevée. La paume tournée vers l’avant. Les Chamacs se sont tus. Deschamps pivote sur lui-même la bouche bée et les yeux grands ouverts. Il voit Brito, campé sur ses jambes, les bras tendus, un pistolet à la main. Une fois assuré que Dorado ne se relèvera pas et que la situation s’est calmée, Brito range son arme derrière lui dans son jean.

- Brito ! Vous avez vu ce que vous avez fait ? J’avais donné des consignes il me semble, hurle Deschamps.

- Commandant, je ne suis pas très au fait des coutumes chamaques mais à mon avis le grand balaise il n’allait pas faire la bise à Cafu, répond Brito. Vous croyiez vraiment que nous allions être accueilli partout à bras ouverts ? Vous avez vu ce qu’il reste de Marini ? Elle est bien belle l’utopie de la Communauté mais on est encore bien loin. Si vis pacem para bellum Commandant. Qui veut la paix prépare la guerre. Il était hors de question que nous partions dans des contrées inconnues peuplées de tribus sanguinaires juste avec notre bite et notre couteau. Je suis désolé Commandant, je tiens à ma peau et si vous voulez que notre communauté continue d’exister il faut, et il faudra sans doute encore, utiliser la force.   

- Mais… mais… mais… mais merde ! D’où vous le sortez ce flingue ? Vous avez failli me tuer bordel !

- Commandant, revenez sur Terre. Vous avez déjà oublié que vous étiez pilote de ligne dans votre vie d’avant ? On ne combat pas le terrorisme avec des cure-dents. Les équipes de sécurité sont armées dans les appareils. Dès notre atterrissage nous avons fait en sorte de soustraire toutes ces armes de la vue des passagers pour éviter toute violence éventuelle.

- Bon, bon, vous avez bien fait, fait le Commandant d’un air penaud. Mais maintenant ça va être compliqué de faire croire que nous venons avec un état d’esprit amical. Deux minutes que nous sommes là et déjà un mort. Nous allons devenir les idoles de tous les futurs colonialistes.

- Messieurs ! Regardez…, dit Cécile Muller.

 

Un Chamac avance vers Cafu. Puis un deuxième. Un autre encore. Ils marchent doucement, calmement. Ils ne disent rien. Tels des zombies de série Z, un à un ils se détachent du groupe initial pour se diriger vers Cafu. Le premier arrivé se met à genoux et se prosterne devant le revenant. Le Chamac chante une sorte de cantique à la gloire de Cafu. Les Communautaires se rapprochent eux aussi de Cafu et se resserrent autour de lui tout en le laissant deux pas devant eux. La moitié du village est à présent aux pieds de celui qui était un paria il y a encore dix minutes. Mauro et le Sorcier sont sans réactions. Le Chef serre les mâchoires de plus en plus fort à chaque fois qu’un Chamac rejoint Cafu. Il sent son pouvoir s’effriter une nouvelle fois. Dorado avait conquis le peuple par la force, Cafu est devenu un dieu. Par deux fois Mauro s’est fait voler la vedette. Il sait que son trône vacille s’il ne réagit pas. Il se tourne vers le Sorcier. Ce dernier ne comprend pas ce qu’il se passe. Comment Cafu a-t-il pu tuer Dorado juste en dirigeant sa main vers lui ? Lui a-t-il jeté un sort ? Est il devenu un Dieu ? Qui sont les gens qui sont avec lui ? Toutes ces questions laissent le sorcier sans voix et plus que perplexe. Mauro pousse un grognement et balance une énorme claque sur le haut du crâne du sorcier. Il écarte ceux qui s’amassent devant lui et se dirige d’un pas décidé vers Cafu.

En voyant arriver son Chef, Cafu ne regarde plus ceux qui sont à ses pieds. Il tremble comme une feuille. Mauro se fraye un chemin entre les adorateurs de Cafu. Il peste en donnant des coups de pieds à ceux qui se trouvent sur sa route. Les chants ne faiblissent pas pour autant. Le nom de Cafu a remplacé celui de Mauro dans les incantations. Le Chef le sait et se précipite sur Cafu. Voyant cela, Brito et quelques Communautaires parmi les plus gaillards s’interposent entre les deux Chamacs. Mauro s’arrête devant ces hommes plus grands que lui. Il n’a peur de personne. Il plonge son regard noir dans les yeux de ceux qui lui font face. Ca suffit généralement pour imposer sa loi face aux Chamacs.

 

(...)

December 01

Page 49

Luc Deschamps scrute ce bout de tissus. Du denim.

- Quelqu’un porte un jean dans le coin, dit le Commandant. Vu dans quel état a débarqué Cafu il est évident que cela n’appartient à personne de sa tribu. Il y a donc au moins un homme n’étant pas né il y a dix mille ans qui est passé dans le secteur. Un passager de l’A399 dissident ? Quelqu’un venant d’ailleurs ? Nous avons intérêt à être très prudents. Resserrons les rangs et continuons à avancer.

 

Cafu, se sentant proche de chez lui, hâte le pas et entraîne avec lui ses vingt neuf compagnons de marche. Deschamps serre les dents, prend un regard de plus en plus noir. A l’inverse Diomède a retrouvé ses jambes de vingt ans et si Brito ne lui tenait pas le bras, il serait cent mètres devant tout le monde en train de courir. Il n’en peut plus. Si près de cette rencontre exceptionnelle il n’a plus la mesure du danger. Au détour d’un chemin, une silhouette. Cafu l’a vu. Un Chamac. Qui ? Il ne l’a pas reconnu. L’inconnu s’est pressé de détaler en voyant cette troupe étrangère. Cafu se retourne vers Deschamps. Les bras ballants, la mine déconfite, il n’a pas besoin de mots pour exprimer son angoisse. Ils voulaient arriver par surprise, il y aura un comité d’accueil. Connaissant Mauro, Cafu est certain qu’on ne lui jettera pas des fleurs en entrant dans le village. Au mieux des silex aiguisés, au pire une armée sanguinaire.

Le village chamac n’est plus qu’à cinq minutes de marche. A l’orée de la forêt, les Communautaires voient les huttes faites de cuir et de fourrure, quelques volailles marchant en liberté mais pas un seul homme. Le silence assourdissant glace le sang des trente délégués qui n’ose plus faire un pas. Même le professeur Deschamps reste immobile, il se contente de noter dans son esprit chaque détail de la disposition du village. Il n’ose pas encore sortir de son sac l’appareil photo numérique qu’il a emporté. Le vent s’est arrêté de souffler sur la plaine. Pas un bruit n’émane du village.

- Nous ne sommes pas venus jusqu’ici pour repartir, dit Luc Deschamps. Nous savions que ça serait difficile et sûrement dangereux. Il faut prendre des risques pour avancer. J’espère juste que nous reviendrons tous vivants. Cafu devant, moi juste derrière et tout le monde à vingt mètres. On y va !

Cafu avance. Doucement. Fébrilement. Deschamps dans sa trace parcourt du regard tout ce qui se trouve devant lui. Ils sont à cinquante mètres des premières cases. Le danger peut venir de partout. Il suggère à voix basse la plus grande prudence à Cafu. Mais contrairement à ses espérances Cafu lance un grand cri pour signaler sa présence. Son cri est aigu, alternatif, de plus en plus fort. Il recommence trois fois. A peine a t-il fini qu’une voix rauque et puissante lui répond. Ils sont là. Agressifs. Je n’y arriverai pas. Cafu stoppe net. Tout le monde derrière lui en fait de même. Deschamps le questionne du regard. Pas de réponses. Il l’incite à continuer. Puis au détour d’une hutte c’est le choc. Sur la place centrale du village tous les guerriers chamacs sont là. Mauro est derrière eux et les domine en ayant pris position sur un gros rocher. Personne ne bouge. Ni du côté chamac ni du côté communautaire. Si les regards pouvaient tuer, les Chamacs auraient déjà fait un massacre. Entre les deux camps gît un cadavre décharné.

- Marini… murmure Deschamps. Et bien si je m’attendais à le voir ici ce poltron… et-si je m’attendais à le voir en jean en plus. Cafu ne bougez plus, faîtes un signe amical. Ca doit bien exister chez vous ce genre de truc non ? Le grand là-bas qui à l’air de rire uniquement quand on lui met des ronces dans le cul c’est votre chef ?

-  Oui Commandant, répond Cafu. C’est Mauro.

-  Je vois. Je comprends que tu te sois enfui Cafu. On dirait ma mère en moins sympa. Avec trente centimètres de plus et des pectoraux qui ressemblent à quelque chose. Je ne sais pas comment tu le sens toi mais franchement là on est dans la merde.

 

Cafu tremble comme une feuille mais il trouve le courage de lever le bras pour saluer sa tribu. C’est le moment que choisit Dorado, en première ligne comme l’exigeait les consignes de Mauro, pour se jeter sur Cafu. Rempli de fierté depuis qu’il a combattu Marini il est en quête d’une nouvelle gloire. Cinquante mètres le séparent de celui qui a été jugé comme un traître par Mauro. La lance en avant, il court en poussant un hurlement bestial. Trente mètres. Cafu ne bouge pas, tétanisé par la peur. Il sait qu’il va mourir. Vingt mètres. Je ne vengerai pas ma mère. A quoi bon se défendre ? Il est plus puissant que moi. Dix mètres. J’ai eu la chance de connaître ceux qui viennent du futur.  Cinq mètres. Tant de choses encore à apprendre et la violence va tout détruire. Deux mètres. Je comprends pourquoi ceux du futur parlent des erreurs à ne plus recommencer. Cafu reste stoïque. Dorado arrive à pleine vitesse. Sa lance va transpercer Cafu dans moins d’une seconde. Cafu baisse son bras et le tend vers son futur meurtrier. Il ferme les yeux.

November 24

Page 48

41. DEPART

 

Le jour ne s’est pas encore levé et la délégation est prête à partir. Cafu a indiqué au professeur Diomède sur une carte l’endroit où, en principe, se trouve son village. Diomède est très excité et impatient de rencontrer les Chamacs. Il va pouvoir étudier une nouvelle population, son mode de vie, ses rites, ses outils et même s’il a déjà pratiqué un prélèvement d’ADN sur Cafu il voudrait bien compléter son étude en récupérant d’autres échantillons. Luc Deschamps n’est pas aussi pressé que le vieil homme. Il sait que la Communauté prend un risque en se faisant connaître aux tribus des environs. Mais après plusieurs moi restée dans son cocon de métal, la Communauté doit maintenant se mouvoir et tenter de changer l’histoire. Ayant écouté Cafu présenter son peuple, Deschamps a décidé d’emmener vingt hommes et dix femmes avec lui. L’idée d’un nombre égal de représentants de chaque sexe a été écartée en raison du fait que ce premier contact pouvait éventuellement mal tourné. Néanmoins ce contingent de femmes a été jugé par le Conseil suffisant pour montrer aux Chamacs que la femme a une place importante au sein de la Communauté.

Manuel Brito briefe une dernière fois les hommes forts de cette délégation. Les consignes sont très strictes. Même si des lances et des barres de fer sont portées, elles doivent toutes être pointées vers le bas en signe de non-violence. Le comportement de chacun doit être sans équivoque et montrer des signes de calme et de paix. Ceux qui sont chargés de la sécurité doivent se tenir en arrière du groupe. Ce positionnement est certes risqué pour le groupe mais la force doit rester derrière la diplomatie. Cafu a enseigné depuis quelques jours les rudiments de sa langue à tous ceux qui feront partie du voyage. Le commandant Deschamps a un peu de mal avec la prononciation quelque peu gutturales de certains mots mais il devrait s’en sortir devant Mauro. Si ce dernier n’a pas décidé de le tuer dans les dix premières secondes.

 

Sans faire trop de bruits, les trente délégués communautaires descendent de l’A399 et se mettent en route tout droit vers l’est. Arrivés au bord de la plaine, à l’endroit où Cafu avait été découvert, des troncs d’arbre évidés les attendent. Les Communautaires veulent arriver discrètement jusqu’au village des Chamacs. Pour se faire des canoës ont été construits pour traverser le fleuve. Il n’y a plus qu’à les faire descendre jusqu’au fleuve pour les mettre à l’eau. Le brouillard tenu qui sévit ce matin sera un complice parfait pour cette mission. Cafu sait que le fleuve est surveillé de l’autre côté, il est préférable de pouvoir traverser sans être vu.

Il n’a pas plus depuis quelques jours et la pente est sèche. Les troncs sont aisément tirés sur les sentiers. Il a été décidé de rejoindre le fleuve un kilomètre en aval pour éviter que le courant ne rabatte tout le monde sur les soldats chamacs. Cafu n’était pas rassuré lorsqu’il a du retraverser le fleuve mais d’être blotti au milieu de cinq personnes dans un gros tronc l’apaisait un peu. J’ai failli mourir dans l’eau la première fois. Je me suis battu contre le fleuve. Mes amis l’ont maîtrisé facilement. Je peux affronter Mauro maintenant. Je vengerai ma mère.

Les pagaies s’agitent doucement pour contrer le courant en faisant le moins de bruit possible. On ne voit pas à dix mètres devant soi. Au milieu du fleuve plus personne ne voit l’endroit où les Communautaires ont embarqué et on ne distingue pas encore le point de débarquement. Au fur et à mesure que la rive se dessine, c’est avec soulagement que l’équipée découvre que personne ne les attend de ce côté-ci du fleuve. Le canoë de Deschamps est le premier à toucher terre. Il se hisse difficilement sur la berge. Quelques minutes plus tard tous les communautaires ainsi que les embarcations ont franchi le fleuve et sont sur la terre ferme. Le brouillard commence à se dissiper et Cafu prend la tête du cortège pour guider tout le monde. Les rangs sont serrés, personne ne parle, tout le monde balaye du regard tout ce qui les entoure. Les visages sont crispés. Seul Henri Diomède a le sourire aux lèvres et regarde béatement devant lui. Il observe chaque centimètres carrés de ce nouveau territoire exploré. Soudain son regard se fixe. Il sort des rangs et s’arrête de marcher. Deschamps se retourne et donne l’ordre à toute la délégation de stopper.

- Regardez ça Capitaine, dit le professeur. Extrêmement curieux n’est ce pas ?

- En effet, répond Deschamps. Curieux. Ou inquiétant…

 

Le commandant prend ce que Diomède tient dans sa main, il regarde vers le haut de la colline, dans la direction que Cafu a indiquée comme étant celle de son village.

 

(...)

November 17

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40. DANS LA FORÊT

 

Un homme est devant un arbre. A l’aide d’une branche il dessine des formes cabalistiques sur le sol. Il psalmodie un refrain plusieurs fois. Puis il s’arrête, regarde le ciel, écarte ses bras, les lèvent et s’agenouille. Face contre le sol, il prie. Quelques minutes plus tard, il se relève et se dirige vers le chêne. Il plonge sa main dans un trou du tronc et en ressort une figurine qu’il a modelé dans de la glaise. Aucun dessin ne vient orner cette idole. Elle est ronde, lisse, parfaite.

 

- Monsieur Moore, qu’est ce que vous faîtes ? demande Cécile Muller en avançant vers lui.

- Rien… Je… cherchais des fruits…, balbutie Moore.

- Vous mangez des glands maintenant ? Ca fait quelques minutes que je vous observe. Il ne m’a pas semblé que vous étiez en pleine cueillette. Ou alors vous avez une technique bien à vous. J’ai entendu vos prières. Je ne vous juge pas Monsieur Moore. On a beaucoup débattu de religion au sein de la Communauté. Elle a été néfaste pour l’Humanité tout au long de son histoire. Pour cette seconde chance nous devons mettre tous les atouts de notre côté et progresser. Combien de guerres, de croisades, de massacres, de génocides ont été commis au nom d’un dieu ?  

- Je sais mais Il nous protège j’en suis sûr. Comment expliquez vous cette situation si étrange ? Et pourquoi la Communauté est épargnée ? Aucune tribu n’est venue près de nous à part Cafu. Il doit être envoyé par Lui. Nous sommes le peuple élu. Je Le prie pour qu’il continue de nous protéger. Et puis…

- Et puis ?

- Je L’ai vu. Il m’est apparu. Il m’a parlé.

- Pardon ? Qu’est ce que c’est que ces histoire Monsieur Moore.

- Une nuit j’ai eu un songe. J’ai vu cet arbre, une grande lumière vive l’illuminait et une voix me disait de LE vénérer pour qu’Il nous protège.

- Monsieur Moore… Je comprends que de vous retrouver dans un endroit hostile au néolithique puisse vous causer quelques tourments. On a tous plus ou moins peur de ce qui pourrait nous arriver. Nous vivons dans un monde qui n’est pas le notre. Nous sommes dans l’inconnu. Mais un rêve n’est pas la réalité. Votre cerveau se libère la nuit et toutes sortes de pensées viennent s’entrechoquer dans votre tête. La société dans laquelle nous vivions avant ce vol nous a conditionnés d’une certaine façon. Vous avez sans doute besoin de croire en un être supérieur pour vous rassurer, mais aussi pour vous déculpabiliser. Puisque il y a quelqu’un de supérieur à moi je ne suis pas responsable. Non monsieur Moore, l’Homme est responsable de ce qui lui arrive. La seule chose qui soit supérieure à l’Homme c’est la Nature. Nous ne pouvons rien faire contre les éléments. Quand un déluge survient ce n’est pas la faute de quiconque, ça devait arriver c’est tout. Ni voyez pas une main divine pour nous punir de quoi que ce soit. De toutes façon un quelconque dieu justicier et moralisateur serait bien inutile, les hommes arrivent à se punir tout seul. En se massacrant ou en salissant notre planète qui leur a bien rendu d’ailleurs. La Terre étant là avant nous et j’espère bien qu’elle le sera après.

- Mais Il nous a créé, Il est tout puissant !

- Moi je dirai plutôt que c’est nous qui l’avons créés. Et puis comment se fait-il que toutes les grandes civilisations (et imaginez celles dont on n’a jamais rien su faute de trace) ait des mythologies différentes ? Polythéisme, Monothéisme, Trinité ? Qui a raison ? Quelqu’un a raison ? Moi-même à me proclamer athée ai-je raison ? Je devrais être agnostique mais désolé je n’y arrive pas. Je sais juste que la religion est un des pires désastres. Et puis nous allons rencontrer des peuples qui ont des croyances différentes, il ne faut en aucun cas que l’affrontement se fasse à cause de ça. Notre science largement en avance, quel doux euphémisme, par rapport aux autres Terriens devrait pouvoir dégoupiller cette bombe qui menace l’Humanité.

- Mais Mademoiselle Muller, je crois en Dieu, c’est en moi. La science est une chose incontestable je le reconnais, mais il reste des grandes questions que nous n’avons pas encore été en mesure de répondre. Rien que ce bond en arrière que nous avons effectué dans cet avion a quelque chose de mystique je trouve. Vous ne croyez pas ?

- En effet je ne me l’explique pas. Ecoutez Monsieur Moore, croyez en ce que vous voulez, venez lécher les racines de ce chêne autant que vous voulez, priez qui vous voulez mais ne vous avisez pas à contaminer la Communauté en montant votre secte.

- Une secte ? Mais voyons croire en Dieu c’est une religion !

- Les religions ne sont que des sectes qui ont réussi Monsieur Moore. Ce n’est pas plus incroyable d’avoir un Dieu créateur que d’annoncer l’arrivée des petits hommes verts pour nous emmener sur une autre planète. On a prouvé ni l’existence de Dieu ni celle des extra-terrestres. Vous pensez que les gourous de ces sectes excentriques ne sont que des gens attirés par le fric et qui veulent manipuler les gens à leurs profits. Posez vous la même questions au sujet de ceux qui dirigeaient les grandes religions juste avant notre arrivée ici. Alors Monsieur Moore je vous le répète tant que votre croyance reste individuelle et ne veut s’imposer sous aucune forme comme étant LA réalité je n’y vois aucun inconvénient mais si votre croyance devient dangereuse pour l’équilibre de la Communauté ça va poser problème.

- Mademoiselle Muller vous n’êtes pas aussi sympathique que vous en aviez l’air, maugrée Moore.

- Effectivement Monsieur Moore. Mais si votre mère avait explosé en plein vol à cause de fanatiques religieux vous auriez peut être une autre idée de la religion ! Et puis pensez à toutes ces femmes qui ont subit les pires horreurs à cause des religions. Pas une croyance pour relever l’autre. Toujours brimées, oppressées, martyrisées, rabaissées. Les femmes ont enfin une chance de remettre les comptes à zéro et de ne pas se laisser avoir une deuxième fois. Vous pensez bien que nous n’allons pas laisser passer l’occasion.

 

Moore baisse la tête, repose son idole dans le tronc et retourne dépité vers l’A 399. Il suit à distance Cécile Muller qui ouvre la marche. Quand ils approchent de la lisière de la forêt, elle se retourne vers lui et lui fait son plus doux regard.

-  Vous savez Monsieur Moore, je ne vous en veux pas à vous particulièrement. Chacun est libre de se tromper. Tant que ça ne nuit pas à l’intérêt collectif. Je vous demande juste de garder vos convictions pour vous-même. Gardez ce qu’il y a de meilleur dans la religion. Il n’y a pas que du mauvais je l’admets volontiers. Ce sont seulement les institutions religieuses que je méprise.

October 31

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39. JOUR

 

Il avance, la main sur le front pour protéger ses yeux de la lumière. Il doit se réhabituer au soleil. La tête baissée il ne voit que le sol et les quelques touffes d’herbe sortant de la terre. Toujours ce silence envoûtant autour de lui. Le regard de Marini remonte doucement en suivant le sol. Encore quelques touffes d’herbe, le sol sec et marron. Des pieds. Des mollets. Des quadriceps énormes. Des abdominaux saillants. Des pectoraux fermes. Des épaules larges. Des bras musclés. Un regard noir. Devant lui se dresse Dorado, le plus solide guerrier des Chamacs. Presque aussi puissant que Mauro. Quand Dorado croise le regard de Marini il écarte les bras en poussant un cri bestial. Les doigts de sa main droite serrent une lance identique à celle qui nage dans la main gauche de Marini. A la fin de son hurlement toute la population chamac répond par un cri semblable. Marini n’avait pas remarqué qu’il était au centre d’une arène miniature. Ces derniers jours on avait érigé autour de la cage un cercle avec des troncs d’arbres. Tout autour se massent les Chamacs avides du spectacle qu’on leur a promis. Bien évidemment ils encouragent Dorado, le Sorcier et Mauro ont vendu ce combat sur le thème de l’honneur du peuple Chamac.

- Tu l’as empoisonné ? demande Mauro

- J’ai essayé au début, répond le Sorcier. Mais il se méfiait de ce qu’on lui donnait à manger, alors pour éviter qu’il ne dépérisse et qu’il ait l’air robuste, j’ai utilisé un autre stratagème.  

- Lequel ?

- Il faut toujours apprendre de la défaite. Tu vois la petite avec ses cheveux longs de l’autre côté ? Et bien elle a épuisé notre homme toute la nuit. Je ne me fais pas de soucis pour Dorado. Il va l’emporter sans problème.

- Bien ! Je vois que tu ne manques pas de ressources. Et maintenant apprécions ce massacre.

 

Dorado bombe le torse, Marini plie les jambes et tente de reculer. Dorado se jette lance en avant, Marini essaie d’esquiver les coups. Dorado avance d’un pas assuré, Marini veut courir à toute jambes. Dorado frappe, Marini reçoit. Le Chamac ne frappe pas avec la pointe de sa lance mais fait des mouvements de bas en haut. L’ancien copilote pare les coups en tenant sa lance devant lui. La foule hurle autour d’eux, la tension est à son comble. Soudain Dorado abat son arme sur celle de Marini. Le choc est violent, les deux lances se brisent. Marini est terrifié, il tombe à terre et se recroqueville. Une pluie de coups de poings vient heurter le crâne de l’homme à terre. Bien qu’il tente de se protéger en cachant sa tête Marini est au bord du KO. Dorado respire et laisse un peu de répit à son adversaire. Marini est prostré contre la palissade, il ne sent même plus les coups de pieds qu’il reçoit dans le dos de la part des Chamacs. Par contre lorsqu’un enfant lui plante ses mâchoires dans le dos il se relève immédiatement. Dorado prend ça comme une invitation à reprendre le combat. Il ramasse un bout de lance et, profitant du peu de lucidité qu’il reste à son opposant, le plante dans la cuisse gauche de Marini. Ce dernier s’effondre aussitôt en vociférant. A peine sa blessure refermée, la voila rouverte. Le sang coule le long de sa jambe. Dorado prend un deuxième bout de lance et vient le ficher cette fois-ci dans la cuisse droite. Les cris de Marini redoublent. Face contre terre il ne peut voir que les jambes du Chamac. A l’arrière plan il croise le regard de son infirmière. Puis ses yeux se figent. Sa bouche reste ouverte. Dorado vient de transpercer sa gorge avec une autre moitié de lance.

Le peuple exulte, Dorado les mains pleines du sang de sa victime célèbre sa victoire en poussant des cris bestiaux tout en piétinant Marini. Il regarde le ciel et tourne sur lui-même lentement. Il veut que chaque Chamac le voit triomphant. Les troncs d’arbres délimitant l’arène sont arrachés par les Chamac qui se précipitent vers leur héros. Dorado est porté en triomphe, on le dépose aux pieds de Mauro. La foule scande des slogans à la gloire du guerrier vainqueur. D’un mouvement de bras le chef Chamac parvient à ramener le calme dans sa tribu.

-  Dorado, tu as vaincu ce puissant étranger. L’honneur des Chamacs est retrouvé, nous allons pouvoir repartir à la guerre. Nous nous vengerons face aux Brolines, nous étendrons notre domination sur les autres tribus, nous sommes un peuple fort. Les Dieux sont avec nous ! Avec Dorado en première ligne nous ne craignons rien !

Les cris reprennent de plus belle et le village Chamac se lance dans une fête qui durera plusieurs jours. Le Sorcier se tourne alors vers Mauro.

- Mauro, je pense qu’il va falloir te débarrasser au plus vite de Dorado.

- Ah oui ? Et pourquoi ça ?

- Parce qu’avec sa nouvelle popularité il risque de te faire de l’ombre. Il est très puissant, presque autant que toi, plus jeune. Il vaut mieux pour toi qu’il devienne un martyr plutôt qu’un possible remplaçant tu ne crois pas ?- Tu as raison Sorcier. Je lui réserverai une mission impossible. Un héros de sa trempe mérite au moins ça à présent.

October 19

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38. NUIT.

 

Il dort à poing fermés, recroquevillé sous deux peaux de bêtes. C’est la première fois qu’il trouvait facilement le sommeil, sa blessure à la cuisse le faisait moins souffrir. Il ne l’avait pas entendu rentrer. Pourtant dans sa cage il n’était plus seul. Elle est là, devant lui, un petit pot dans la main droite. Elle s’approche de lui doucement. Délicatement elle écarte ce qui sert de couverture à Marini et applique doucement le liquide verdâtre contenu dans le récipient sur la plaie. Les gestes sont doux, précis, elle effleure de ses doigts la peau du prisonnier. Marini se réveille doucement et sentant qu’on lui prodigue des caresses sur sa jambe se demande s’il n’est pas en train de rêver. Soudain il ouvre grand les yeux et rétracte aussitôt sa jambe. La jeune Chamac sursaute légèrement vers l’arrière. D’un regard apaisant, Marini fait comprendre à son infirmière qu’elle n’a rien à craindre et qu’elle peut reprendre ses soins.

 

Il ne la quitte pas des yeux, elle n’ose pas le regarder. Elle continue d’appliquer cette pommade avec précaution. Marini est fascinée par cette inconnue qui s’occupe de lui depuis quelques jours. Ils n’ont échangé aucun mot, de toutes façons ils ne se comprendraient pas, juste quelques regards. Froids